Poèmes

Picasso

Picasso

Legendary Member
Orange Room Supporter
Cours de la vie

Hِlderlin


Toi aussi tu visais haut, mais l'amour nous courbe

Tous de force, nous plie tous la douleur plus forte,

Et pourtant notre arc ne revient pas

A son point de départ en vain.


Monte donc ou descends! jusqu'en la nuit sacrée

Où la muette nature ourdit les jours à venir,

N'est-ce pas, même au plus biais de l'Orcus,

Une règle qui règne encore, un droit?


Je le sais d'expérience. Car jamais, dieux du ciel,

Vous ne m'avez, ô mainteneurs du monde,

Conduit, il me semble, comme maîtres mortels,

Par les sentiers unis de la prudence.


L'homme, disent les dieux, fasse l'essai de toutes choses,

Que, nourri de leur force, il sache gré à toutes

Et comprenne sa liberté,

Rompre là, s'en aller où il veut.
 
  • Advertisement
  • eLad

    eLad

    Legendary Member
    Orange Room Supporter
    Les plaintes d'un Icare.

    Les amants des prostituées
    Sont heureux, dispos et repus ;
    Quant à moi, mes bras sont rompus
    Pour avoir étreint des nuées.

    C'est grâce aux astres nonpareils,
    Qui tout au fond du ciel flamboient,
    Que mes yeux consumés ne voient
    Que des souvenirs de soleils.

    En vain j'ai voulu de l'espace
    Trouver la fin et le milieu ;
    Sous je ne sais quel oeil de feu
    Je sens mon aile qui se casse ;

    Et brûlé par l'amour du beau,
    Je n'aurai pas l'honneur sublime
    De donner mon nom à l'abîme
    Qui me servira de tombeau.



    Charles Baudelaire.
     
    Nayla

    Nayla

    Legendary Member
    Orange Room Supporter
    Les plaintes d'un Icare.

    Les amants des prostituées
    Sont heureux, dispos et repus ;
    Quant à moi, mes bras sont rompus
    Pour avoir étreint des nuées.

    C'est grâce aux astres nonpareils,
    Qui tout au fond du ciel flamboient,
    Que mes yeux consumés ne voient
    Que des souvenirs de soleils.

    En vain j'ai voulu de l'espace
    Trouver la fin et le milieu ;
    Sous je ne sais quel oeil de feu
    Je sens mon aile qui se casse ;

    Et brûlé par l'amour du beau,
    Je n'aurai pas l'honneur sublime
    De donner mon nom à l'abîme
    Qui me servira de tombeau.



    Charles Baudelaire.
    You like Baudelaire Elads? I'm ImPreSSed :)
     
    eLad

    eLad

    Legendary Member
    Orange Room Supporter
    Mon très cher petit Lou je t'aime

    Mon très cher petit Lou je t’aime
    Ma chère petite étoile palpitante je t’aime
    Corps délicieusement élastique je t’aime
    Vulve qui serre comme un casse-noisette je t’aime
    Sein gauche si rose et si insolent je t’aime
    Sein droit si tendrement rosé je t’aime
    Mamelon droit couleur de champagne non champagnisé je t’aime
    Mamelon gauche semblable à une bosse du front d’un petit veau
    qui vient de naître je t’aime
    Nymphes hypertrophiées par tes attouchements fréquents je vous aime
    Fesses exquisément agiles qui se rejettent bien en arrière je vous aime
    Nombril semblable à une lune creuse et sombre je t’aime
    Toison claire comme une forêt en hiver je t’aime
    Aisselles duvetées comme un cygne naissant je vous aime
    Chute des épaules adorablement pure je t’aime
    Cuisse au galbe aussi esthétique qu’une colonne de temple antique je t’aime
    Oreilles ourlées comme de petits bijoux mexicains je vous aime
    Chevelure trempée dans le sang des amours je t’aime
    Pieds savants pieds qui se raidissent je vous aime
    Reins chevaucheurs reins puissants je vous aime
    Taille qui n’a jamais connu le corset taille souple je t’aime
    Dos merveilleusement fait et qui s’est courbé pour moi je t’aime
    Bouche ش mes délices ô mon nectar je t’aime
    Regard unique regard-étoile je t’aime
    Mains dont j’adore les mouvements je vous aime
    Nez singulièrement aristocratique je t’aime
    Démarche onduleuse et dansante je t’aime
    ش petit Lou je t’aime je t’aime je t’aime.</B>

    Appolinaire
     
    Leb_Rebel

    Leb_Rebel

    Legendary Member
    Orange Room Supporter
    Notre-Dame de Paris

    Notre-Dame est bien vieille : on la verra peut-être
    Enterrer cependant Paris qu'elle a vu naître ;
    Mais, dans quelque mille ans, le Temps fera broncher
    Comme un loup fait un boeuf, cette carcasse lourde,
    Tordra ses nerfs de fer, et puis d'une dent sourde
    Rongera tristement ses vieux os de rocher !

    Bien des hommes, de tous les pays de la terre
    Viendront, pour contempler cette ruine austère,
    Rêveurs, et relisant le livre de Victor :
    - Alors ils croiront voir la vieille basilique,
    Toute ainsi qu'elle était, puissante et magnifique,
    Se lever devant eux comme l'ombre d'un mort !


    Nerval
     
    ecce homo

    ecce homo

    Well-Known Member
    Première soirée

    Elle était fort déshabillée
    Et de grands arbres indiscrets
    Aux vitres jetaient leur feuillée
    Malinement, tout près, tout près.

    Assise sur ma grande chaise,
    Mi-nue, elle joignait les mains.
    Sur le plancher frissonnaient d'aise
    Ses petits pieds si fins, si fins.

    - Je regardai, couleur de cire,
    Un petit rayon buissonnier
    Papillonner dans son sourire
    Et sur son sein, - mouche au rosier.

    - Je baisai ses fines chevilles.
    Elle eut un doux rire brutal
    Qui s'égrenait en claires trilles,
    Un joli rire de cristal.

    Les petits pieds sous la chemise
    Se sauvèrent : " Veux-tu finir ! "
    - La première audace permise,
    Le rire feignait de punir !

    - Pauvrets palpitants sous ma lèvre,
    Je baisai doucement ses yeux :
    - Elle jeta sa tête mièvre
    En arrière : " Oh ! c'est encor mieux !...

    Monsieur, j'ai deux mots à te dire... "
    - Je lui jetai le reste au sein
    Dans un baiser, qui la fit rire
    D'un bon rire qui voulait bien...

    - Elle était fort déshabillée
    Et de grands arbres indiscrets
    Aux vitres jetaient leur feuillée
    Malinement, tout près, tout près.

    Arthur Rimbaud
     
    ecce homo

    ecce homo

    Well-Known Member
    Rêvé pour l’Hiver

    L’hiver, nous irons dans un petit wagon rose
    Avec des coussins bleus.
    Nous serons bien. Un nid de baisers fous repose
    Dans chaque coin moelleux.

    Tu fermeras l’œil, pour ne point voir, par la glace,
    Grimacer les ombres des soirs,
    Ces monstruosités hargneuses, populace
    De démons noirs et de loups noirs.

    Puis tu te sentiras la joue égratignée…
    Un petit baiser, comme une folle araignée,
    Te courra par le cou…

    Et tu me diras : "Cherche !", en inclinant la tête,
    - Et nous prendrons du temps à trouver cette bête
    - Qui voyage beaucoup...


    Arthur Rimbaud​
     
    ecce homo

    ecce homo

    Well-Known Member
    Chanson d'après-midi

    Chanson d'après-midi
    Quoique tes sourcils méchants
    Te donnent un air étrange
    Qui n'est pas celui d'un ange,
    Sorcière aux yeux alléchants,

    Je t'adore, ô ma frivole,
    Ma terrible passion !
    Avec la dévotion
    Du prêtre pour son idole.

    Le désert et la forêt
    Embaument tes tresses rudes,
    Ta tête a les attitudes
    De l'énigme et du secret.

    Sur ta chair le parfum rôde
    Comme autour d'un encensoir ;
    Tu charmes comme le soir,
    Nymphe ténébreuse et chaude.

    Ah ! les philtres les plus forts
    Ne valent pas ta paresse,
    Et tu connais la caresse
    Qui fait revivre les morts !

    Tes hanches sont amoureuses
    De ton dos et de tes seins,
    Et tu ravis les coussins
    Par tes poses langoureuses.

    Quelquefois, pour apaiser
    Ta rage mystérieuse,
    Tu prodigues, sérieuse,
    La morsure et le baiser ;

    Tu me déchires, ma brune,
    Avec un rire moqueur,
    Et puis tu mets sur mon coeur
    Ton oeil doux comme la lune.

    Sous tes souliers de satin,
    Sous tes charmants pieds de soie,
    Moi, je mets ma grande joie,
    Mon génie et mon destin,

    Mon âme par toi guérie,
    Par toi, lumière et couleur !
    Explosion de chaleur
    Dans ma noire Sibérie !

    Charles Baudelaire​
     
    ecce homo

    ecce homo

    Well-Known Member
    Chanson pour elles

    Ils me disent que tu es blonde
    Et que toute blonde est perfide,
    Même ils ajoutent " comme l'onde ".
    Je me ris de leur discours vide !
    Tes yeux sont les plus beaux du monde
    Et de ton sein je suis avide.

    Ils me disent que tu es brune,
    Qu'une brune a des yeux de braise
    Et qu'un coeur qui cherche fortune
    S'y brûle... ش la bonne foutaise !
    Ronde et fraîche comme la lune,
    Vive ta gorge aux bouts de fraise !

    Ils me disent de toi, châtaine :
    Elle est fade, et rousse trop rose.
    J'encague cette turlutaine,
    Et de toi j'aime toute chose
    De la chevelure, fontaine
    D'ébène ou d'or (et dis, ô pose-
    Les sur mon coeur), aux pieds de reine.

    Paul Verlaine​
     
    ecce homo

    ecce homo

    Well-Known Member
    Ta poitrine sur ma poitrine

    Ta poitrine sur ma poitrine,
    Hein ? nous irions,
    Ayant de l'air plein la narine,
    Aux frais rayons

    Du bon matin bleu, qui vous baigne
    Du vin de jour ?...
    Quand tout le bois frissonnant saigne
    Muet d'amour

    De chaque branche, gouttes vertes,
    Des bourgeons clairs,
    On sent dans les choses ouvertes
    Frémir des chairs :

    Tu plongerais dans la luzerne
    Ton blanc peignoir,
    Rosant à l'air ce bleu qui cerne
    Ton grand œil noir,

    Amoureuse de la campagne,
    Semant partout,
    Comme une mousse de champagne,
    Ton rire fou :

    Riant à moi, brutal d'ivresse,
    Qui te prendrais.
    Comme cela, la belle tresse,
    Oh ! qui boirais

    Ton goût de framboise et de fraise,
    ش chair de fleur !
    Riant au vent vif qui te baise
    Comme un voleur,

    Au rose églantier qui t'embête
    Aimablement :
    Riant surtout, ô folle tête,
    ہ ton amant !...

    Ta poitrine sur ma poitrine,
    Mêlant nos voix,
    Lents, nous gagnerions la ravine,
    Puis les grands bois !...

    Arthur RIMBAUD​
     
    ecce homo

    ecce homo

    Well-Known Member
    Chœur des Cèdres du Liban.
    (Extrait)

    Aigles qui passez sur nos têtes,
    Allez dire aux vents déchaînés
    Que nous défions leurs tempêtes
    Avec nos mâts enracinés.
    Qu'ils montent, ces tyrans de l'onde,
    Que leur aile s'ameute et gronde
    Pour assaillir nos bras nerveux !
    Allons ! leurs plus fougueux vertiges
    Ne feront que bercer nos tiges
    Et que siffler dans nos cheveux !

    Fils du rocher, nés de nous-même,
    Sa main divine nous planta ;
    Nous sommes le vert diadème
    Qu'aux sommets d'ةden il jeta.
    Quand ondoiera l'eau du déluge,
    Nos flancs creux seront le refuge
    De la race entière d'Adam,
    Et les enfants du patriarche
    Dans nos bois tailleront l'arche
    Du Dieu nomade d'Abraham !

    C'est nous quand les tribus captives
    Auront vu les hauteurs d'Hermon,
    Qui couvrirons de nos solives
    L'arche immense de Salomon ;
    Si, plus tard, un Verbe fait homme
    D'un nom plus saint adore et nomme
    Son père du haut d'une croix,
    Autels de ce grand sacrifice,
    De l'instrument de son supplice
    Nos rameaux fourniront le bois.

    En mémoire de ces prodiges,
    Des hommes inclinant leurs fronts
    Viendront adorer nos vestiges,
    Coller leurs lèvres à nos troncs.
    Les saints, les poètes, les sages
    Ecouteront dans nos feuillages
    Des bruits pareils aux grandes eaux,
    Et sous nos ombres prophétiques
    Formeront leurs plus beaux cantiques
    Des murmures de nos rameaux.



    Alphonse de Lamartine.​
     
    ecce homo

    ecce homo

    Well-Known Member
    LE VIN DU SOLITAIRE

    Le regard singulier d'une femme galante
    Qui se glisse vers nous comme le rayon blanc
    Que la lune onduleuse envoie au lac tremblant,
    Quand elle y veut baigner sa beauté nonchalante;
    Le dernier sac d'écus dans les doigts d'un joueur;
    Un baiser libertin de la maigre Adeline;
    Les sons d'une musique énervante et câline,
    Semblable au cri lointain de l'humaine douleur,
    Tout cela ne vaut pas, ô bouteille profonde,
    Les baumes pénétrants que ta panse féconde
    Garde au cœur altéré du poëte pieux;
    Tu lui verses l'espoir, la jeunesse et la vie,
    - Et l'orgueil, ce trésor de toute gueuserie,
    Qui nous rend triomphants et semblables aux Dieux !

    Charles Baudelaire
     
    ecce homo

    ecce homo

    Well-Known Member
    Amourette

    Je veux mourir pour tes beautés, Maîtresse,
    Pour ce bel oeil, qui me prit à son hain,
    Pour ce doux ris, pour ce baiser tout plein
    D'ambre et de musc, baiser d'une Déesse.

    Je veux mourir pour cette blonde tresse,
    Pour l'embonpoint de ce trop chaste sein,
    Pour la rigueur de cette douce main,
    Qui tout d'un coup me guérit et me blesse.

    Je veux mourir pour le brun de ce teint,
    Pour cette voix, dont le beau chant m'étreint
    Si fort le coeur que seul il en dispose.

    Je veux mourir ès* amoureux combats,
    Soûlant l'amour, qu'au sang je porte enclose,
    Toute une nuit au milieu de tes, bras.

    Pierre de Ronsard
     
    ecce homo

    ecce homo

    Well-Known Member
    Le Lendemain

    A ةléonore

    Enfin, ma chère ةléonore,
    Tu l' as connu ce péché si charmant
    Que tu craignais, même en le désirant;
    En le goûtant, tu le craignais encore.
    Eh bien, dis-moi; qu' a-t-il donc d' effrayant?
    Que laisse-t-il après lui dans ton âme?
    Un léger trouble, un tendre souvenir,
    L'étonnement de sa nouvelle flamme,
    Un doux regret, et surtout un désir.
    Déjà la rose aux lis de ton visage
    Mêle ses brillantes couleurs;
    Dans tes beaux yeux, à la pudeur sauvage
    Succèdent les molles langueurs,
    Qui de nos plaisirs enchanteurs
    Sont à la fois la suite et le présage.
    Déjà ton sein doucement agité,
    Avec moins de timidité
    Repousse la gaze légère
    Qu' arrangea la main d' une mère,
    Et que la main du tendre amour,
    Moins discrète et plus familière,
    Saura déranger à son tour.
    Une agréable rêverie
    Remplace enfin cet enjouement,
    Cette piquante étourderie,
    Qui désespéraient ton amant;
    Et ton âme plus attendrie
    S'abandonne nonchalamment
    Au délicieux sentiment
    D'une douce mélancolie.
    Ah! Laissons nos tristes censeurs
    Traiter de crime abominable
    Le seul charme de nos douleurs,
    Ce plaisir pur, dont un dieu favorable
    Mit le germe dans tous les coeurs.
    Ne crois pas à leur imposture;
    Leur zèle barbare et jaloux
    Fait un outrage à la nature;
    Non, le crime n' est pas si doux.

    Chevalier Evariste de Forges de Parny
     
    ecce homo

    ecce homo

    Well-Known Member
    L'extase

    La nuit était venue, la lune émergeait de l'horizon, étalant
    sur le pavé bleu du ciel sa robe couleur soufre. J'étais
    assis près de ma bien-aimée, oh ! bien près ! Je serrais ses
    mains, j'aspirais la tiède senteur de son cou, le souffle
    enivrant de sa bouche, je me serrais contre son épaule,
    j'avais envie de pleurer ; l'extase me tenait palpitant,
    éperdu, mon âme volait à tire d'aile sur la mer de l'infini.

    Tout à coup elle se leva, dégagea sa main, disparut dans la
    charmoie, et j'entendis comme un crépitement de pluie dans
    la feuillée.

    Le rêve délicieux s'évanouit... ; je retombais sur la terre,
    sur l'ignoble terre. O mon Dieu ! c'était donc vrai, elle,
    la divine aimée, elle était, comme les autres, l'esclave de
    vulgaires besoins !

    Joris Karl Huysmans
     
    ecce homo

    ecce homo

    Well-Known Member
    Tristesse de la Lune

    Ce soir, la lune rêve avec plus de paresse;
    Ainsi qu'une beauté, sur de nombreux coussins,
    Qui d'une main distraite et légère caresse
    Avant de s'endormir le contour de ses seins,

    Sur le dos satiné des molles avalanches,
    Mourante, elle se livre aux longues pâmoisons,
    Et promène ses yeux sur les visions blanches
    Qui montent dans l'azur comme des floraisons.

    Quand parfois sur ce globe, en sa langueur oisive,
    Elle laisse filer une larme furtive,
    Un poète pieux, ennemi du sommeil,

    Dans le creux de sa main prend cette larme pâle,
    Aux reflets irisés comme un fragment d'opale,
    Et la met dans son coeur loin des yeux du soleil.


    Charles Baudelaire​
     
    ecce homo

    ecce homo

    Well-Known Member
    L'invitation au voyage

    Mon enfant, ma sœur,
    Songe à la douceur
    D’aller là-bas vivre ensemble !
    Aimer à loisir,
    Aimer et mourir
    Au pays qui te ressemble !
    Les soleils mouillés
    De ces ciels brouillés
    Pour mon esprit ont les charmes
    Si mystérieux
    De tes traîtres yeux,
    Brillant à travers leurs larmes.

    Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
    Luxe, calme et volupté.

    Des meubles luisants,
    Polis par les ans,
    Décoreraient notre chambre ;
    Les plus rares fleurs
    Mêlant leurs odeurs
    Aux vagues senteurs de l’ambre,
    Les riches plafonds,
    Les miroirs profonds,
    La splendeur orientale,
    Tout y parlerait
    ہ l’âme en secret
    Sa douce langue natale.

    Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
    Luxe, calme et volupté.

    Vois sur ces canaux
    Dormir ces vaisseaux
    Dont l’humeur est vagabonde ;
    C’est pour assouvir
    Ton moindre désir
    Qu’ils viennent du bout du monde.
    Les soleils couchants
    Revêtent les champs,
    Les canaux, la ville entière,
    D’hyacinthe et d’or ;
    Le monde s’endort
    Dans une chaude lumière.

    Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
    Luxe, calme et volupté.

    Charles BAUDELAIRE​
     
    Picasso

    Picasso

    Legendary Member
    Orange Room Supporter
    ET PEUT-ETRE QUE…

    Claude Esteban

    Et peut-être que tout était écrit dans le livre
    mais le livre s’est perdu

    ou quelqu’un l’a jeté dans les ronces
    sans le lire

    n’importe ce qui fut écrit
    demeure, même

    obscur, un autre qui n’a pas vécu
    tout cela

    et sans connaître la langue du livre, comprendra
    chaque mot

    et quand il aura lu, quelque chose
    de nous se lèvera

    un souffle, une sorte de sourire entre les pierres.
     
    Top