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Saad Hariri, un héritier problématique, un dirigeant Off shore

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Saad Hariri, un héritier problématique, un dirigeant Off shore
René Naba | 14.02.2012 | Paris


I- De la fuite comme mode de gouvernement

L’histoire des relations internationales abonde d’exemples de gouvernement en exil, de gouvernement provisoire ou de gouvernement transitoire, mais nulle part ailleurs qu’au Liban ne s’est pratiqué l’exercice au quotidien d’un gouvernement off shore. Un chef de gouvernement dument investi mais quasiment absent du siège de son pouvoir, n’y faisant escale qu’entre deux voyages, gérant à distance un pays pourtant considéré comme l’épicentre d’une zone névralgique.
Le mérite en revient à Saad Hariri, l’héritier problématique de son père assassiné, Rafic Hariri, le milliardaire libano saoudien, dont la mandature gouvernementale constituera, c’est là son unique titre de gloire, une rare contribution à la science politique contemporaine. Le premier cas dans l’histoire d’un gouvernement par télécommande (remote control), dans la double acception du terme, un gouvernement téléguidé par ses commanditaires saoudiens, dont il répercute les consignes par télécommande, depuis son lieu d’exil, à ses collaborateurs délocalisés au Liban.
Premier ministre du Liban du 27 juin 2009 au 12 janvier 2011, en 548 jours de pouvoir l’homme aura passé 200 jours hors du pays, la moitié de sa mandature gouvernementale, de surcroît jamais un mois plein au Liban. Chargé de l’expédition des affaires courantes dans la foulée de sa démission forcée, en janvier 2011, il vaquera à ses propres affaires, désertant et le sérail et sa capitale, dont il est l’élu, faisant le siège du royaume saoudien pour assainir ses propres affaires sinistrées par ses propos inconsidérés à l’égard de ses bienfaiteurs saoudiens, révélés par WikiLeaks, ainsi que par sa gestion calamiteuse de son patrimoine qui le fera dégringoler au hit parade des fortunes mondiales.
En pleine tourmente de la révolte arabe du printemps 2011, l’homme insensible aux bouleversements de sa zone, demeurera six mois en Arabie à en quête d’un mirobolant contrat de près de huit milliards de dollars pour la construction d’un chemin de fer entre La Mecque et Médine, à l’effet de le renflouer et de payer ses créanciers ses propres frères et sœurs, ayant opté pour la séparation des biens, face à un être aussi aléatoire.
Crime de lèse majesté s’il en est, Saudi Oger, la florissante firme héritée de son père, accusera trois ans de retard dans la livraison du projet phare du Royaume «La route du Roi Abdallah», la grande artère de la capitale saoudienne, du fait des sous-traitances multiples de ce projet, de même que le projet de l’Université Noura Bent Abdel Rahman (1).
L’ancien premier ministre cherchera à compenser sa faillite par une jonglerie financière, la vente anticipée de l’espace aérien surplombant les présumés grattes ciels que sa firme libanaise Solidere se proposait de construire dans l’espace de Beyrouth, une transaction sulfureuse de l’ordre de douze milliards de dollars.
Ambitieux sans substrat intellectuel, celui qui passe pour le moins futé des héritiers Hariri a été choisi, au mépris des règles de la primogéniture, par le tandem Bandar Ben Sultan, président du Conseil National de Sécurité, et son beau Frère Turki Ben Faysal, l’ancien chef des services de renseignements saoudiens, le gestionnaire d’Oussama Ben Laden durant la guerre d’Afghanistan, avec le soutien actif du vibrionnant Jeremy Feltman, la cheville ouvrière de la contre révolution au Moyen orient.
Son amateurisme en politique, comme dans la gestion d’affaires, lui vaudra, toutefois, fait unique dans les annales politiques du Royaume saoudien, une volée de bois vert de la part d’un des éditeurs les plus en vue du journal panarabe saoudien «Al Hayat», Daoud Al Charyane, qui l’accusera de dilapider le prestige du Royaume et son capital par sa politique erratique et de mettre en péril le sunnisme libanais par l’exaspération des antagonismes communautaires.
L’éviction des cercles du pouvoir saoudien de son compagnon festif, le prince Abdel Aziz Ben Fahd, le propre fils de l’ancien roi saoudien et un des gros actionnaires de Saudi Oger accentuera les tourments de l’héritier présomptueux. Au point qu’un prédicateur du vendredi en Arabie se posera publiquement la question de savoir s’il était judicieux de confier les rênes d’un pays à un homme qui ne sait pas gérer correctement sa propre société.
La désignation du Prince Nayef Ben Abdel Aziz comme prince héritier du Royaume a accentué son désarroi pour avoir qualifié, au-delà des règles de la prudence politique, de «boucher» le propre fils du ministre saoudien de l’intérieur et son principal collaborateur dans la lutte anti Qaîda en Arabie, le prince Mohamad Ben Nayef.
Ses déboires financiers ont entrainé le licenciement de près d’un millier d’employés y compris dans le fleuron de son groupe la chaine tv «Future» et «Radio orient».
Grand vainqueur des élections législatives qui ont suivi le retrait syrien du Liban, en juin 2005, l’homme en guise de baptême de feu, désertera le champ de bataille durant la guerre destructrice d’Israël contre son pays, en juillet 2006. Il trainera alors comme un boulet le sobriquet de «planqué de Beyrouth» par allusion à son exil de six semaines hors du Liban durant les bombardements aériens israéliens, alors qu’en sa triple qualité de député, chef de la principale formation politique de Beyrouth et héritier du rénovateur de la capitale libanaise, sa présence sous les bombes aux côtés de ses électeurs et néanmoins compatriotes aurait eu valeur d’exemple, l’exemple du courage dans l’adversité. Son retour à bord d’un appareil de l’armée française a accrédité l’idée d’un homme revenu au pouvoir dans «les fourgons de l’étranger».
Pressenti pour le poste de premier ministre, en juin 2009, l’homme mettra six semaines pour former son gouvernement, qu’il laissera en pan aussitôt la confiance obtenue pour aller se reposer en Sardaigne, laissant le pays en proie à des incendies de forêts particulièrement ravageurs.
Saad Hariri empruntera le chemin de la fuite, pour la troisième fois, en novembre 2010, en plein débat gouvernemental sur le jugement des faux témoins de l’enquête sur l’assassinat de son père, entreprenant une longue tournée diplomatique de trois semaines au Koweït, à Abou Dhabi, Téhéran, Moscou et Paris, pour se donner une contenance internationale, à défaut de consistance, accréditant l’idée d’un fugitif.
La 4eme fuite interviendra, au printemps 2011, au moment de la publication de l’acte d’accusation du Tribunal Spécial sur le Liban pointant du doigt la responsabilité du Hezbollah dans l’assassinat de Rafic Hariri.
Le journal Libération, charitable, se dévouera pour justifier son absence du Liban par une mystérieuse tentative d’assassinat dont il aurait été la cible sur le chemin de l’aéroport de Beyrouth, alors que le fugitif n’avait plus mis les pieds dans son pays depuis plus de trois mois, se plaçant à l’abri en France pour s’épargner les retombées politiques de sa connivence avec la justice internationale; une connivence marquée notamment par l’incarcération abusive de quatre officiers supérieurs libanais pendant quatre ans sur la base de faux témoignages présentés par des hommes aiguillonnés par le clan Hariri.
L’homme a justifié sa longue absence du Liban par les menaces physiques contre sa personne, comme s’il était le seul dirigeant libanais en danger dans un pays ouvert à tous les vents, en proie à une quasi guerre civile, comme si le chef du Hezbollah libanais Cheikh Hassan Nasrallah n’encourait pas de plus grands risques alors qu’il fait l’objet d’une traque minutieuse depuis près de vingt ans par la quasi-totalité des services israéliens et américains secondé par les autres services occidentaux et arabes, sans jamais fuir son pays.
En six ans, l’homme de la relève aura fui quatre fois, soit une fuite en moyenne tous les dix huit mois. N’est pas Invectus (l’Invincible) qui veut. Le credo quotidien de Nelson Mandela, scandé depuis sa captivité à Robben Island (Afrique du Sud), ne constitue manifestement pas sa déclamation quotidienne: «Aussi étroit soit le chemin, Bien qu’on m’accuse et qu’on me blâme, Je suis le maître de mon destin, Le capitaine de mon âme»
Signe de son attachement au Liban, sa famille réside à Riyad et les vacances familiales du couple ne se passent, jamais au Liban, toujours dans les pays étrangers en France, en 2009, dans la foulée de sa nomination comme premier ministre, en Sardaigne, en 2010, dans la foulée de la passe d’armes avec le Hezbollah à propos des faux témoins du Tribunal Spécial sur le Liban. Son épouse, Lara Al Azm, fille de l’homme d’affaires syrien Bachir Al Azm, un des plus gros entrepreneurs de travaux publics d’Arabie Saoudite, n’a jamais fait d’apparition publique au Liban et ni participé à la moindre manifestation caritative ou culturelle dans le pays dont son mari est le chef du gouvernement

II -Son discours d’investiture: un chef d’œuvre d’humour et d’érudition

Affligeant spectacle et consternant. Quiconque aura assisté au discours d’investiture du plus jeune premier ministre de l’histoire du Liban, Saad Hariri, avait l’impression d’assister à un cours de lecture pour adulte analphabète.
Egrenant avec difficulté des phrases écrites en gros caractères, l’homme était manifestement à la peine, au point que, faussement charitable, le président de l’Assemblée nationale libanaise, Nabih Berri, lui proposera, non sans malice, l’aide d’un lecteur confirmé.
Pour un pays qui revendique un taux d’alphabétisme parmi les plus élevés du Monde arabe, qui joua un rôle d’avant garde dans la renaissance culturelle arabe, une ville dont il est le député, qui abrite quatre universités dont certaines de réputation internationale, la performance de l’héritier laissera sans voix bon nombre de ses administrés.
Désigné en juin 2009 comme premier ministre, il battra un record de durée pour la formation de son gouvernement, n’hésitant pas à prendre l’avion à tout propos et hors de propos pour des consultations avec ses tuteurs saoudiens, accréditant l’idée d’un homme sous influence.
Saad Hariri (2), 12me fortune arabe, 158 me au niveau mondial, a été désigné chef du clan Hariri et héritier politique de l’ancien premier ministre, en contradiction avec la loi de primogéniture, sur injonction de la famille royale saoudienne. Sa holding «Saraya», qui signifie «Le Sérail» par référence au siège du gouvernement libanais, opère dans l’industrie, les travaux publics, le bâtiment et les médias, avec des investissements touristiques à Akaba, (Jordanie), au Yémen, au sultanat d’Oman et en Algérie, dans la région de Mostaganem.
Natif de Riyad, en 1970, le fils cadet de l’ancien premier ministre est, à l’instar de toute sa famille, porteur de la nationalité saoudienne. Ce binational libano saoudien plus saoudien que libanais considère sa mandature gouvernementale comme un ancrage saoudien dans le jeu politique libanais, la délocalisation du wahhabisme monolithique vers le Liban pluraliste.
Se présentant comme l’alternative à l’extrémisme sunnite croissant au Moyen orient, particulièrement dans les camps palestiniens du Liban autour de Tripoli (Nord Liban) et autour de Saïda (Sud Liban), l’homme a élu domicile, symboliquement au centre de Beyrouth, dans une résidence présomptueusement dénommée «Bayt al Wassat», la maison du juste milieu, située au pied du Sérail, l’impressionnant siège du gouvernement restauré par son père, une résidence usurpée à l’ancien Roi des tissus anglais de Beyrouth, Mohamad Kheir Beyk Ayass, fondateur du marché du même nom «Souk Ayass» (3).
Mais son amateurisme dans la gestion du groupe intégriste «Fatah al Islam» dans le camp palestinien de Nahr el Bared, au Nord Liban, a failli le carboniser avec l’ensemble de la configuration dont il était l’émanation.
Dans le projet multidimensionnel mis en œuvre par l’Arabie saoudite et les Etats Unis, le groupe intégriste sunnite devait servir de contre pouvoir à l’effet de contrebalancer idéologiquement et militairement la milice chiite du Hezbollah et conduire à l’implantation des Palestiniens au Liban en vue de renforcer démographiquement les sunnites, la troisième plus grande communauté libanaise après les chrétiens 42% (toutes communautés confondues), les chiites 30% et les sunnites qui représentent pour l’instant 28% de la population libanaise.
ہ diverses reprises, Hariri s’en est servi, plus ou moins directement, comme d’un levier, soit pour s’imposer comme alternative à l’extrémisme, soit pour montrer ses muscles face au Hezbollah. Mais à chaque fois, le bilan a été lourd et le jeu a failli mettre le feu au Liban.
Dans sa volonté de s’imposer comme leader sunnite, de garantir son maintien au pouvoir exécutif et de sécuriser la pérennité de ses marchés publics, parachevant en cela l’œuvre de son père, il a procédé à la mise à l’écart politique des chefs sunnites de Beyrouth et de Tripoli, avant de s‘attaquer, en 2009, au symbole du nationalisme arabe, la famille Saad à Saïda, Sud Liban.
Dans une démarche à relent démagogique, il se rapprochera des groupes extrémistes du Akkar (Nord du Liban) et du Hermel (centre du Liban), enjoignant aux échelons locaux de son parti, Le Courant du Futur (Al Moustaqbal), d’adopter leurs discours, tout en gardant un discours laïc et ouvert, au niveau national, à l’intention des médias étrangers, provoquant une crispation communautariste de la base sunnite et une radicalisation dans les rangs de son parti.
Le Mufti du Mont Liban, Cheikh Mohammad el Jouzo, personnifie le mieux cette dérive communautariste au sein de l’entourage de Saad Hariri. Le dignitaire sunnite a ainsi menacé de retourner à la guerre civile si les chrétiens continuaient de réclamer le renforcement des prérogatives du Président de la république, qualifiant les maronites, notamment les habitants du Kesrouan (fief maronite du Mont Liban) d’«esprit tordu, constituant le pire danger pour le Liban». Personnalité controversée s’il en est, le Mufti a prononcé son discours le 6 septembre 2009, dans la foulée de la formation du gouvernement présidé par Saad Hariri, sans être désavoué pour des propos qui présentent pourtant une menace réelle pour la paix civile.
Alors que les Etats-Unis menaient depuis 2001 «une guerre contre le terrorisme», leur allié local, le fer de lance de leur hétéroclite coalition libanaise, instrumentalisait en toute impunité un groupe intégriste sunnite dans le Nord du Liban dans une opération à relent démagogique à visées électoralistes. Sur injonction occidentale, il devra lui couper les vivres, entraînant un déchaînement de violence. L’armée libanaise mettra trois mois avec le soutien logistique de la Syrie pour neutraliser le camp de Nahr el Bared, base opérationnelle de Fatah al Islam.
Le verbe lent, à l’embonpoint précoce pour une juvénile carrière, sans charisme, son dilettantisme désolera ses plus ardents parrains internationaux, affligés par sa couardise et son inexpérience.

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